Le Roi du Smoked Meat

Les rois et reines de la Plaza

Texte: Geneviève Allard

Photos : Isabelle Bergeron

Les habitués des deux-œufs-bacon. Les dames qui viennent presque chaque jour manger leur morceau de gâteau, boire leur café, prendre et donner des nouvelles. Les gars de la construction qui sont là pour le menu du jour. Les fêtards qui veulent éponger leur alcool avec une poutine ou une pizza en fin de soirée. Les familles qui se réunissent chaque samedi depuis des années...

Une faune bigarrée forme la clientèle du Roi du Smoked Meat, véritable institution de la Plaza Saint-Hubert et de Montréal. Francine Gallant règne sur les lieux et y travaille depuis 40 ans. Elle est un témoin privilégié. Pour elle, « Le Roi » comme elle l’appelle, c’est sa famille. Et elle a accepté de nous en parler avec humour, tendresse et énergie. À son image… et à celle du restaurant.

« J’avais 21 ans quand je suis arrivée au Roi. J’ai commencé comme caissière de nuit, puis serveuse, puis barmaid. Je dirige maintenant le personnel,  je m’occupe des livreurs, des serveurs, de la gestion des horaires, de toute la logistique et de l’informatique. […] Je suis là du lundi au vendredi, pour l’heure du midi et du souper. Je suis plus ici que chez nous! », annonce tout de go la jeune sexagénaire.

Francine Gallant, comme toute son équipe, aime le monde. « Ici, on est bien. Tout le monde fait son petit bonhomme de chemin et travaille fort. Nos patrons sont de gros nounours et nous traitent bien. C’est une grande famille.»

Une grande famille bien enracinée. Comme les clients,  la plupart des employés sont liés au Roi du Smoked Meat, et depuis  longtemps. Une des serveuses, Pauline, compte 74 ans bien sonnés et travaille pour le resto depuis 32 ans. « Chez nous, être serveuse est un métier. Ce n’est pas une job en attendant. L’âge n’a aucune importance, ce qui importe c’est l’expérience », affirme Mme Gallant.

Et de l’expérience, elle-même en a, et a l’intention d’en faire profiter encore pour longtemps. À 61 ans, pas question de ralentir ou de s’arrêter. « Je n’y pense même pas. Même quand je suis en vacances, je m’ennuie et j’ai besoin de bouger et voir du monde! »

 

Avec le temps…

Les années n’ont pas affecté le Roi du Smoked Meat. Ici, le temps s’est arrêté en 1950-1960. Musique, nostalgie, ambiance, tout nous rappelle la belle époque. Le smoked meat goûte pareil et à quelques exceptions près, le menu est demeuré le même. La clientèle aime ça et c’est ce qu’elle vient rechercher en poussant la porte du restaurant. Un des seuls témoins de la modernité? Les ordinateurs. Et quand Francine Gallant a fait informatiser le système de commandes et de comptabilité du restaurant il y a trois ans, elle a perdu quelques vaillants employés, qui ne pouvaient suivre les aléas de la technologie.  Mais il fallait inévitablement s’adapter…

Francine Gallant constate que si le Roi du Smoked Meat n’a pas beaucoup bougé, la Plaza St-Hubert, elle par contre, a tellement changé! Elle a vu beaucoup de commerces partir, mis à mal par l’arrivée massive des centres commerciaux et/ou qui n’ont pas eu de relève. À ses yeux toutefois, la Plaza est plus vivante que jamais et grouille de monde. La nouvelle clientèle, plus métissée, côtoie les habitués, le quartier est en mouvement. Tout bouge au diapason, à son plus grand bonheur.

 

Comme dans les vues

En 40 ans, Mme Gallant en a accumulé des histoires. Des récits de beuveries et de bagarres qui étaient légion il y a une trentaine d’années, mais plus aujourd’hui. La fois où cet homme a été surpris avec sa maîtresse par sa femme, elle-même accompagné de… son amant. Ou encore celle d’une cliente qui a demandé à  s’asseoir à une table en particulier, celle-là exactement où son mari l’avait demandé en mariage il y a des décennies. Pas de doute, Le Roi du Smoked Meat pourrait faire l’objet d’un livre ou d’un film à lui seul. Tiens, tiens... Des intéressés?