Lozeau

Lozeau, l’expérience photo-vidéo, un pilier familial

Léo Laurent Lozeau était probablement loin de se douter qu’en s’installant au 4657 de la rue Saint-Hubert en 1927, son entreprise deviendrait des années plus tard un fleuron de la Plaza et que deux de ses petits-enfants prendraient la relève, après que sa propre fille et son mari se soient occupés de l’entreprise qu’il avait lui-même fondé avec sa femme.  86 ans plus tard, Lozeau occupe 36 000 pieds carrés au 6229 de la même rue et passera à 52 000 pieds carrés sous peu.  Une belle histoire de succès… et de famille! Rencontre avec Manon Simard, petite-fille du fondateur et aujourd’hui présidente de Lozeau.

Par Geneviève Allard

(Photos par Isabelle Bergeron)

 « On a eu beaucoup d’emplois mon frère et moi…mais un seul employeur! »,  rigole d’emblée Manon Simard qui nous reçoit dans son bureau au-dessus du grand commerce qui occupe tout le coin sud-est Bellechasse/Saint-Hubert. Un bureau ceinturé de fenêtres qui donne une jolie vue sur la Plaza, là où tout a commencé, ou presque.

« On a occupé plusieurs locaux sur la rue Saint-Hubert depuis la création de Lozeau en 1927! Au début, mon grand-père, qui était photographe, faisait des photos de mariages et de grands événements, comme la visite de la reine par exemple. Plus tard, il s’est mis à vendre de l’équipement usagé et de l’équipement neuf. »

Dans les années 70, le père de Manon et sa mère, fille de monsieur Lozeau, prennent la relève. Ils installent notamment en 1978 le premier laboratoire de développement de photos en une heure au Canada.  L’entreprise familiale peut d’ailleurs se targuer d’avoir grandi  au diapason des tendances et de la technologie.

La famille d’abord

Manon et son frère Stéphane sont à la tête de l’entreprise familiale depuis 2009. Leurs parents y sont toujours actionnaires et consultants et les enfants aujourd’hui devenus grands gravitent autour de Lozeau depuis toujours.

« Pour notre famille, ça a toujours été naturel de se dire qu’on allait travailler chez Lozeau. Ça allait de soi qu’on allait prendre éventuellement la tête de l’entreprise. On est une famille liée.  […] J’ai commencé en travaillant ici, mais même au secondaire, nos parents nous envoyaient faire des cours pour la reprise de l’entreprise, pour la gestion de la relève familiale. J’ai tellement suivi de cours, des power-formations, etc. Je ne suis pas allée à l’université comme tel, mais j’y ai suivi plein de cours, souligne la diplômée en techniques administratives.  J’ai toujours eu un grand désir de travailler et la chance que j’ai eue, comme mon grand-père disait, c’est de m’être bien entouré de gens qui pouvaient m’aider avec leurs conseils, leurs expériences et leurs connaissances. Tout le monde est autodidacte dans notre famille! »

Et travailler avec son frère, c’est comment?

« Je pense que le succès repose sur le fait d’avoir chacun ses tâches et de se compléter. Chacun a des forces que l’autre n’a pas. Le défi pour mon frère et moi, c’est d’avoir une communication hors du commun, parce qu’on ne se voit pas nécessairement tous les jours. Il faut se trouver du temps et être à l’écoute. En même temps, c’est mon frère, donc je le connais! Je sais où il pourra m’aider et où moi je pourrai compenser. Et on travaille même avec mon mari et la femme de mon frère! », souligne la femme pleine d’énergie.

Et dans la famille, tout le monde fait de la photo en amateur. « Mon grand-père était un photographe professionnel. Nous, nous sommes des administrateurs passionnés de photographie. Il n’y a sûrement pas d’autre famille au Québec qui a autant d’albums photos que nous! »

S’adapter au fil du temps

Depuis ses débuts, Lozeau peut se vanter d’avoir eu des objectifs (sans mauvais jeu de mots) bien précis: Servir impeccablement sa large clientèle et toujours être innovateur et ouvert aux changements.

« On a des clients amateurs qui ne connaissent pas la photo mais qui savent qu’en venant ici, ils seront bien conseillés parce que tous nos employés sont issus du milieu. On a aussi des Prosumers [professional consumers] qui veulent des appareils et du matériel de qualité supérieure que nous sommes les seuls à avoir en stock. »

De plus, Lozeau offre des ateliers et de la formation. Cela fait entrer beaucoup de monde qui vient s’équiper et demander des conseils au personnel connaissant en photo et en vidéo.  On y dessert aussi le secteur institutionnel et professionnel (dentistes, gouvernement, police, etc.), des acheteurs souhaitant faire de plus grosses commandes, ou même des compagnies qui ont besoin de matériel de location.

Tous trouvent leur compte et tout le monde se plaira de savoir qu’au deuxième étage, on fait découvrir le travail d’un photographe différent chaque mois dans le cadre d’une exposition qui est soulignée par un vernissage.

Manon Simard et son frère savent aussi qu’il faut être sensibilisé à la technologie qui évolue à la vitesse grand V. Le monde de la vidéo, la photo qui est passé d’argentique à numérique, tout le domaine de l’image change constamment et plusieurs entreprises y ont laissé leur peau ou ont du mal à remonter la pente. Chez Lozeau, au contraire, on agrandit, on embauche du personnel, on innove!

« On est en train d’implanter un nouveau logiciel informatique. Mon frère a beaucoup de vision par rapport à la technologie qui avance et évolue très vite. Les appareils ne durent plus aussi longtemps », cite-t-elle à titre d’exemple.

Comme leurs parents et grands-parents avant eux, la fratrie a aussi dû s’adapter aux différentes générations qui constituent leur équipe de travail, chiffrée à près de 200 employés à l’heure actuelle.  

« Que tu aies 180 ou 1000 employés, ça ne change pas. Nous avons eu d’abord cinq employés, puis 35, puis 80 et ainsi de suite. On a même une femme qui travaille avec nous depuis 45 ans. Elle nous a vus naître mon frère et moi! Pour gérer des employés, ça prend un cœur humain. Il faut s’adapter, connaître les nouvelles tendances et savoir s’entourer », indique celle qui parle de son équipe comme s’il s’agissait…de sa famille!

Une femme en affaires

Manon Simard ne trouve pas plus difficile d’être une femme en affaires, mais est consciente que les femmes qui sont venues avant elle ont été des battantes qui lui ont en quelque sorte ouvert le chemin.

« Si je repars de ma mère et de ma grand-mère, elles ont eu à travailler très fort. Souvent ma mère était désignée comme la femme du président, alors qu’elle était aussi présidente que mon père!  On demandait à mon père "Comment va la business?" et à ma mère "Comment vont les enfants? "  Et, pour ma grand-mère avant ça,  c’était pire que pire! »

Tout de même, la dynamique entrepreneure admet qu’il faut parfois savoir s’imposer plus quand on va dans les bureaux d’avocats, de comptables, etc. « J’avoue qu’il arrive qu’ils parlent à mon frère en premier... C’est lors de situations comme ça qu’il faut savoir s’affirmer. Toutefois, si tu as confiance en toi dans la négociation, que tu sais de quoi tu vas parler et que tu maîtrises ton sujet et tes affaires,  tu vas y arriver. En 2013, dans mon domaine, je n’ai jamais vu le fait d’être une femme comme un obstacle. »

 

Ancré dans son milieu

Encore aujourd’hui, on ne peut penser à la Plaza Saint-Hubert sans penser à Lozeau, et inversement. « L’emplacement a toujours été parfait pour toute notre clientèle et je suis moi-même une consommatrice de la Plaza. En fait, je dirais qu’on est au moins 180 consommateurs. Juste entre Bellechasse et Beaubien à l’heure du midi, Lozeau est dans chaque restaurant! »

Chaque mois, Lozeau attire dans son enceinte 25 à 30 000 clients, un bassin important pour les commerces voisins sur l’artère commerciale.  «Nos clients magasinent aussi ailleurs sur la Plaza et ça nous en sommes bien fiers », conclut Mme Simard, le regard tourné vers l’avenir de son entreprise bien enracinée dans le secteur. Et pour longtemps.