Belle et Rebelle

Une entrepreneure libre

Entrevue avec Anne Lespérance, fondatrice des boutiques Belle et Rebelle et Petite Rebelle

Par Geneviève Allard

(Photos : Isabelle Bergeron)

«Laissez-moi être libre! ». Cette phrase lancée par Anne Lespérance au détour d’une entrevue, sonne presque comme un cri du cœur. Partie jeune de la maison, voyageuse au long cours et aujourd’hui mère de famille trentenaire et entrepreneure, la fondatrice des boutiques Belle et Rebelle et Petite Rebelle a parcouru bien du chemin avant de poser ses pieds sur la Plaza Saint-Hubert. Elle garde toutefois ses ailes et une soif d’indépendance qu’elle utilise dans la vie…comme en affaires.

Tout a commencé très simplement, presqu’artisanalement, il y a environ six ans. « C’est un genre de gros coup de tête.  Je voulais faire un retour au travail après avoir donné naissance à mes deux enfants et j’avais déjà beaucoup acheté et revendu des tissus, des vêtements, des bijoux et d’autres choses dénichées au fil de mes voyages en Inde, en Thaïlande et dans des festivals en Europe et ailleurs dans le monde. »

Il y a donc environ six ans, Anne tombe en amour avec un petit local sis entre Beaubien et Bellechasse et le loue la même journée. Sans vraiment avoir de plan d’affaires, mais avec une volonté et une créativité de fer.

« Je pense que de ne pas avoir eu de formation dans le domaine de la vente au détail ou de la gestion d’entreprise ou de plan d’affaires vient avec une naïveté qui fait que je n’ai pas peur de me planter. Je gère bien les échecs. Je n’ai pas peur de me laisser décourager ou de prendre des risques. »

Et des risques, Anne et son équipe en ont pris, sans jamais toutefois quitter l’objectif des yeux. Belle et Rebelle allait s’employer à faire rayonner le travail des designers dont on n’entend pas parler, à démocratiser l’accès aux créateurs québécois, à offrir des vêtements pour toutes les tailles  et des bijoux pour toutes les bourses.

Le succès viendra presqu’instantanément. « Le fait que ce soit une boutique de quartier, très soutenue par la communauté, avec des clientes qui portent le talent des créateurs au même titre que moi, me donne l’impression d’appartenir à quelque chose comme à un groupe», se targue-t-elle non sans une pointe de fierté.

Dans cette communauté, Anne inclut ses clientes, ses fournisseurs, mais aussi ses employées qui proviennent de milieux très divers. « J’ai une équipe de feu! Comédienne, sage-femme, humoriste, etc. Certaines d’entre elles ont des enfants et on tente d’accommoder tout le monde en offrant des horaires flexibles », cite à titre d’exemple celle qui place elle-même sa famille avant les affaires.

Forte de tout ce beau monde et du travail acharné des dernières années, la belle rebelle remportait cette année les premiers prix « Commerce de l’année » et « Mode féminine » lors de la 15e édition du Gala Commerce de la Plaza St-Hubert. Une belle réussite pour Anne qui a une énergie hors du commun et un sens des affaires branché sur les ventricules du cœur.

 

Femme en affaires, plus difficile?

« J’ai toujours été très libre et je n’ai jamais eu de complexes par rapport au fait que je suis une femme. Là où j’ai du mérite, c’est peut-être que je suis en affaires en élevant deux enfants. Aussi, je négociais déjà avec des commerçants en Inde, au Maroc ou ailleurs, alors de marchander avec des hommes ici, ça ne me fait pas peur! », rigole la jolie globe-trotter qui se voit bien œuvrer dans un domaine un peu plus social un jour.

Tout de même, Anne n’accepte l’épithète de femme d’affaires que depuis peu. « On dirait que j’assume tout juste que je suis une entrepreneure et que j’aime ça. Je suis vraiment devenue une adulte avec ma boutique. […] J’aime beaucoup lancer des projets et créer et je pense que cette liberté dont j’ai tellement besoin, je vais la chercher là.»

Belle et Rebelle, c’est pour sa fondatrice une belle histoire qui montre qu’il n’y a pas qu’un seul chemin pour arriver à destination et que de choisir sa ligne pointillée, de sortir des sentiers battus et de rechercher l’originalité, ça fait des petits.

Et surtout, c’est une histoire de cœur qui est loin d’être terminée.

« Avec beaucoup de cœur et de passion, il n’y a aucune raison que tout ça s’arrête! Il ne faut juste jamais s’asseoir sur ses acquis et toujours vouloir s’améliorer! », conclut Anne Lespérance, déjà prête à s’envoler vers d’autres projets.